Test du dessin libre et dessin de sa famille

 

Dessin libre et dessin de sa famille

 

 

Par ce dessin, je souhaitais repréciser la latéralité de L. Je souhaitais également approfondir l’analyse des relations que L. entretient avec les membres de sa famille.

  1.  a refusé de faire un dessin libre. Je l’ai sentie plus réticente que les autres fois : quand je l’ai accueillie, elle faisait la moue et avait les deux bras croisés l’un sur l’autre…

Je lui demandai comment cela allait puis je lui donnai la consigne : «  Dessine ta famille. »

Elle me demanda si elle pouvait dessiner sa famille, mais « en robot », ce qu’elle fit donc.

Elle fait figurer dans son dessin (de gauche à droite contrairement au dessin de la famille imaginaire) son père en premier, elle-même, Cécile (amie de papa) et sa maman. Je revins sur le frère « jumeau » dont L. avait parlé la séance précédente. Elle me dit qu’elle n’en a pas et que c’était un copain…

Le papa est reconnaissable par les habits (pantalon), il est différent des autres personnages (cheveux, pieds, bras…) comme dans le dessin de la famille imaginaire. Les personnages sont souriants. On peut juste remarquer que la maman est dessinée en dernier. Elle finit par la fleur, s’arrêta puis dit : « J’ai oublié de faire le sol ».

La présence de l’amie de son papa montre que L. a une connaissance de la nouvelle structuration de sa famille. Le fait qu’elle dessine de gauche à droite cette fois-ci confirme le fait que la latéralisation de L. ne soit pas encore affirmée.

 

Test du Rorschach

 

Rorschach

 

 

 

  • Choix du test

 

Après la passation de la WIPPS 3 et des deux rencontres avec cette enfant, je me pose l’hypothèse de son fonctionnement psychique, de son rapport à la tâche. Le test du Rorschach va amener un moment moins « cadrant », sans l’étayage de tâches scolaires. Quelles résistances et mécanismes de défense vont être mis en lumière ?  Les résultats seront à mettre en lien avec ceux du WIPPS 3, de la famille imaginaire et des entretiens et du fait qu’elle ait dit qu’elle n’aimait pas le noir.

« Le test de Rorschach, par sa nature même, fait appel à la fois à la sensorialité du sujet, et à son inconscient, mais surtout à sa capacité projective à partir de son interprétation libre des taches. ».

 

 

  • Déroulement de la passation

 

  1. L’enfant  (élève de Grande section de maternelle) est installée assise devant une table. Je suis assise à droite par rapport à elle, un peu à distance. J’enregistre par écrit et sur bandes magnétiques ses réponses et je dispose à portée de la main, préparées dans l’ordre de leur présentation, les planches. Je  place devant L. les planches les unes après les autres et je lui demande : qu’est-ce que cela pourrait être ? » (cf. annexes pour le recueil des réponses spontanées). Je note toutes les caractéristiques de ces interprétations telles qu’elles ont été dites : avec leurs hésitations, leurs répétitions, leurs temps de silence, leurs particularités verbales (maladresses syntaxiques, erreurs grammaticales, lapsus)… et tout ce que L. a dit en dehors de ses interprétations proprement dites : commentaires, hésitations, questions…Je prends en compte également les  attitudes et comportements (postures, mimiques, commentaires gestuels, tenue de la planche, manipulations de la planche). Enfin, toutes les questions et interventions, in extenso, que je serai amenée à poser.

 

Dans un second temps, c’est le temps de l’enquête : je propose au sujet de revenir sur chacune de ses réponses. Je les lui rappelle au fur et à mesure grâce à ma prise de notes  et je lui demande de préciser ses réponses, voire éventuellement de les compléter, pour m’en assurer. Enfin, c’est l’épreuve des choix, qui consiste à demander au sujet de choisir les deux planches qu’il préfère (celles « qui lui plaisent le mieux ») et les deux planches qui lui plaisent le moins, puis de justifier ses choix.

 

Observations lors de la passation : C’est la première fois que je fais passer ce test. La cotation me semble complexe et du coup elle risque d’être imparfaite…

  1. répond très rapidement (cf. temps de latence moyen 5,5 secondes), et généralement avec une seule réponse. Je n’ai observé que peu d’hésitations (hum Planche 5) et remarques.

Il est à remarquer que L. est restée debout pendant toute la passation. Généralement elle tient les planches à l’endroit, quelquefois passe sa main dessus.

J’ai dû freiner L., car elle voulait prendre elle-même les planches à un rythme très rapide.

Je ne suis intervenue que peu de fois et seulement pour vérifier si L. a bien donné toutes les réponses qu’elle pouvait donner. Le niveau de vocabulaire employé est homogène.

  1. montre une aisance lors de cette passation.

 

Au vu des réponses de L, il est possible que j’aurai dû poser plus de questions sur les déterminants, pour obtenir plus d’informations sur les mouvements ou non des éléments vus.  De plus, je ne pense pas avoir été assez attentive aux postures, mimiques et gestes de L., car j’étais trop occupée à noter ses réponses et à contrôler le rythme de la passation. Je pense donc être passée auprès de beaucoup d’indices non verbaux. L’enquête limite aurait peut-être permis de voir si L. pouvait faire des réponses D et de donner des réponses humaines en mouvement.

 

 

  • Triage des réponses

 

  • Informations générales :

En regardant la table des moyennes par âge, on constate que le nombre de réponses de L. est dans la norme à celui des enfants de son âge (15 réponses) voire un peu inférieur selon S Beck et al (22 réponses pour eux à cet âge). Il n’y a pas de refus. Le temps de latence  moyen est de 5,5 secondes environ. La durée totale de la passation est de 12 min.

 

Le mode d’appréhension majoritaire est l’appréhension globale (53%), puis l’appréhension D (minoritaire 47%) et les appréhensions Dd  et Dbl sont absentes. Selon Nina Rausch de Traubenberg, cette modalité est prévalente pour les enfants d’âge préscolaire. La valeur interprétative de l’appréhension globale pour une enfant aussi jeune n’est pas aisée : on peut dire que le mode d’appréhension globale révèle une saisie immédiate de l’engramme dans son ensemble avec ou non ici intrication des interstices blancs. (cf.  Pour la planche 1, la première réponse est celle du papillon, mais lors du choix des planches aimées, elle insiste sur la notion de trou : pour cette planche il y a donc une prise en compte du blanc et des trous.)

En ce qui concerne le mode de succession des réponses, le  peu de réponses multiples montre une succession non systématique (planche 2 : G puis D ; planche 3 D et D ; planche 4 D, D, D ; planche 9 D et D) et en général un respect de la première appréhension. . Il y a très peu de description de ses réponses.

 

  • Informations contenues :

Les contenus sont majoritairement humains (avec (H)) puis objet,  animalier, et enfin une réponse fragment et anatomie (cf. réponse P 3 : « squelette »). On peut remarquer que les réponses objet sont assez fréquentes dans ce test.  

Il est ordinaire pour un enfant de cet âge d’avoir un pourcentage de réponses animales assez élevé : ici il est de 20% comme celui du pourcentage de réponses humaines. Il semble donc que ce pourcentage soit un peu inférieur à la norme.

Le contenu de ces réponses est en majorité réel et concret (caillou, fusée…).

Le pourcentage de réponses humaines est dans la norme. Leur contenu est surtout irréel (monstre, extraterrestre, squelette).

Le pourcentage de réponses banales est dans la norme selon Nina Rausch. L., de même que la majorité des autres sujets donne à la planche 5 une réponse banale. Ce ne sera pas le cas à la planche 8, bien que cela soit fréquent.

En conclusion, les contenus sont peu variés ainsi que le nombre de réponses. La spontanéité créative, la quantité d’information dépendent à cet âge pour une grande part de l’environnement dans lequel vit l’enfant.

 

  • Informations déterminantes :

Les pourcentages des déterminants forme et forme+ est dans la norme (80 et 63%).  Le pourcentage de F+, dans la norme, met en lumière une participation réactionnelle au registre sensoriel, émotionnel, d’influence positive ici. Il n’y a pas de qualificatifs de ces formes ni en taille ni en couleurs ou autre. Il peut y avoir une appréhension délimitée des formes (cf. planche 3 « nœud de papillon)  et des configurations plus larges (cf. réponses « caillou, poulet, machine de poulet, planches 6 et 9).

 

Ces pourcentages révèlent que ce sujet s’appuie sur son expérience acquise de la réalité objective, sur des conduites intellectuelles et émotionnelles, assez contrôlées ici. La prévalence des réponses forme  est fréquente pour les sujets névrotiques ou « normatifs » selon Nina Rausch.

 

Il n’y a qu’un déterminant mouvement et un déterminant forme et couleur et couleur et forme. La quasi-absence de réponse mouvement pourrait révéler une immaturité de l’organisation affective et perceptive ou la présence de mécanisme de refoulement. Le fait que L. n’ait pas fait de réponse kinesthésique à la planche 3, fortement inductrice de mouvement, pourrait confirmer l’hypothèse précédente et que ce sujet éviterait la confrontation avec la relation.

En ce qui concerne la sensibilité aux couleurs, celle-ci est visible lors du commentaire à la planche 8 « il y a des couleurs » et à la planche 2, quand elle détaille les yeux et la langue du bonhomme.

 

 

  • Analyse  planche par planche :

 

(Aspect sémantique, Aspect spatial, Aspect thématique)

 

P1 : c’est une entrée en matière dans le test. Le temps de latence de L. est au-dessus du temps de latence moyen. Il y a donc un traitement plus long de cette première planche.

 

P2 : cette planche est censée éveiller plus facilement des kinesthésies, ce qui n’est pas visible ici sauf pour la réponse « il tire la langue ». Le rouge et le noir sont pris en compte. A partir de détails, L. reconstitue un bonhomme ou une tête de bonhomme. C’est une planche qui met en lumière des mécanismes d’agressivité.

 

P3 : il n’y a pas non plus de kinesthésie dans la réponse de L. bien que selon Minkowski, (1956, P188), c’est la planche qui éveille le plus facilement des kinesthésies. De même, toujours selon cet auteur, L. a décomposé cette planche en parties qui amènent une réponse particulière (nœud de papillon, squelette). Ici il n’y a pas de relation humaine visible, pas d’identification à quelque chose de « vivant ».

 

P4 : on aperçoit dans la réponse de L.  (Monstre, extraterrestre), que cette planche amène des perceptions  de menace, de quelque chose de mystérieux. C’est la planche de la figure paternelle,  qui semble puissante ici. Le temps de latence est le plus long et cela montre l’impact de cette planche. La réponse « fusée » révèle la présence d’un axe médian : cela met en lumière une  projection verticale stable du corps dans l’espace.

 

P5 : « encore un papillon, hum » la réponse est banale et montre une facilité dans l’interprétation, comme le démontre le temps de latence. Mais le commentaire « encore un papillon et la vocalisation « hum » révèlent l’impact de cette planche sur L. C’est la planche de la réalité, ici bien entrevue par L.

 

P6 : « caillou » : une réponse globale est donnée, mais au contenu plutôt inhabituel. Cette réponse ne révèle pas de prise en compte de l’axe de symétrie, ni de la dualité de la planche. C’est la planche de la sexualité, contenu absent ici au niveau de la réponse littérale.

 

P7 : « des gens » : L. prend donc en compte l’espace central. De manière ordinaire, cette planche amène de nombreuses réponses kinesthésie de la part des sujets. Ce n’est pas le cas ici. C’est la planche de la figure maternelle : L. ne donne pas d’indication sur les liens que « ces gens » entretiennent…

 

P8 : « Il y a de toutes les couleurs (6s) heu un miroir» : le temps de latence est rapide, mais le commentaire sur le fait qu’il y ait des couleurs et l’hésitation montrent une sensibilité particulière à celles-ci.  L’émotivité apparaît. Le fait que je sois obligée de faire répéter L. confirme cela. Ici l’aspect global est privilégié.

 

P9 : « poulet et une machine à faire du poulet » : le temps de latence est plus long que le temps de latence moyen. Cette planche semble avoir un fort impact comme le montrent les réponses assez inhabituelles du sujet et le fait que L. rit.

 

P10 : « objets » : j’aurais peut-être pu demander de quels objets il s’agissait. L. donne une réponse globale, sans désirer s’expliquer sur celle-ci. C’est la planche du morcellement, visible dans la réponse, mais refoulée puisque L. ne veut ou ne peut localiser sa réponse.

 

  • Choix des planches aimées :

-Planche 10 : « parce qu’il y a des couleurs » ; Cette réponse est intéressante, car  elle donne plus d’informations sur le ressenti de L. celle-ci est donc sensible à cet aspect. C’est une planche très souvent préférée.

 

-Planche 1 : « parce qu’il y a un trou » : cette réponse met l’accent sur le fait que le sujet prenne ici en compte le blanc de la figure, considéré comme un trou.

 

  • Choix des planches non aimées :

Planche 3 : « j’aime pas les os » : il y a une réaction claire ici à des aspects anatomiques, une réaction négative ici.

Planche 2 : « j’aime pas quand il y a les yeux comme ça en rouge. » Le sujet réagit et montre une sensibilité au rouge, au déterminant couleur.

 

 

  • Analyse interprétative

 

On peut tout d’abord observer une spontanéité dans l’expression, qui correspondrait au fonctionnement « normatif », avec donc un  maniement du matériel personnalisé. Ceci suppose un travail de mise en place des relations, un investissement de la réalisation de soi tributaire des images parentales. Il ne semble pas avoir de problématique relationnelle importante (pas d’expérience de rupture, de non-communication)

Ensuite, au  niveau du contenu, les réponses de L. révèlent  une prévalence du monde réel et concret, sans thème prévalent. On peut remarquer un recours fréquent à la réalité : est-ce une attitude défensive ? L. assimile peut-être la situation à une situation scolaire. La référence « au poulet » (planche 9) montre  plus de fantaisie par la couleur.

On ne remarque pas dans les réponses une caractérisation pathique : en effet, peu de sensorialité émerge des réponses, sauf à la planche 8. De même on remarque que peu  d’affects émergent.

En ce qui concerne la question sexuelle, seules les  références à la fusée et à la tête (planche 4 et 2) y font appel.

Il n’y a pas de chevauchements,  de superpositions, de combinaisons dans les réponses  donc a priori il ne semble pas avoir de défaut de différenciation de soi. De même, les contenus animaux et objets, bien délimités localisés et entiers sont aussi un critère d’une différenciation réussie.

Au niveau de l’image de soi, les prises de position perceptibles sont bien assumées, correctement justifiées même si pas toujours d’une grande rigueur formelle. Les représentations humaines ne sont pas distordues ni fragmentaires ce qui nous permet d’affirmer que la  limite entre soi et l’environnement sont construites suffisamment solides.

Par contre, les contenus (H) (monstre, extraterrestre…) révèlent une sensibilité particulière à ce qui n’est pas achevé, une apparition de l’angoisse. De même, un dénivellement du niveau des réponses  est assez visible à partir de la planche 6 puisque n’apparaissent plus de réponses banales et qu’émergent davantage de formes moins.

La représentation de soi face à l’environnement et surtout aux images parentales (planche 1, 4, 6, 7) montre une non-prise en compte de l’aspect dual ou symétrique. Cela est renforcé par l’absence de kinesthésie et de liens entre les personnes. Il y a une centration sur le caractère unilatéral des figures, même quand l’aspect figuratif des planches (cf. planche 7) amènerait une perception bilatérale. Cet aspect des réponses de L. serait à prendre en considération lors de la passation d’un autre test projectif. Au regard de la situation familiale de L., on peut peut-être poser l’hypothèse que cet évitement de la représentation conjointe  des images parentales, comme si cette enfant cherchait à nier le conflit existant entre ses parents (mais le dessin de famille montre clairement qu’au niveau conscient, L. connaît la situation.).

En conclusion, le rapport G/D, les prises de position, l’aspect non fragmenté des contenus, le nombre de réponses banales révèlent une image de soi différenciée. L’affectivité et l’émotivité semblent contrôlées, ainsi que l’angoisse.

Test du dessin de la famille imaginaire

 

Le dessin de la famille imaginaire

 

La petite fille ne m’a pas beaucoup parlé d’elle sauf pour me dire que sa mère était séparée et qu’elle avait passé les vacances chez son père, sans exprimer d’affects particuliers. À partir de cette réflexion, je me suis posé la question de l’impact de cette restructuration familiale sur cette petite fille à ce moment-là de sa période développementale. Selon le développement affectif de Freud, cette petite fille devrait être dans le stade œdipien.

Je me suis demandé si ce changement dans sa vie familiale allait apparaître dans un test de personnalité. Au vu de l’âge de l’enfant, je me suis tournée vers le test de la famille imaginaire, dans lequel L. pourra dire des éléments sur cet environnement familial réel ou imaginaire. Je vais m’intéresser  à la création de l’enfant. Consigne : «  Dessine une famille, une famille que tu inventes. »

  • Intérêt à la manière de dessiner de l’enfant : y a-t-il des arrêts ? A quels moments ?

Elle dessine les 3 personnages, s’arrête  puis fait l’herbe« il me faudrait du blanc, car l’herbe est gelée », la fleur et l’étoile filante.

  • Où a été commencé le dessin ? Par quel personnage ? L. a dessiné une famille de souris. Le dessin a été commencé à droite par le personnage 1, décrit au départ comme un petit enfant, puis comme la maman lors de l’entretien (qui aurait 1000 ans) ; puis à sa gauche, dessin d’un enfant (5ans) et enfin le papa souris (60 ans). Le genre des personnages est visible par les vêtements dessinés : une robe de la couleur préférée de la mère, une robe de la couleur préférée de L. pour l’enfant souris et un pantalon ou en tout cas une absence de robe pour le papa.

  • Temps total du dessin : 12 min           Temps pour le personnage principal ? 2min
  • Tendance à revenir sur des détails ? Prends le temps de colorier chaque personnage avec les couleurs réellement préférées de la maman (noir), de L. (jaune) et du papa (rouge). Elle dessine toujours la tête en premier « Maman aime bien le noir, c’est sa couleur préférée.. », puis le corps.
  • Réactions au cours du test ? Gêne ? Refus ? Mouvements d’humeur ?

Se lance très rapidement dans la tâche avec un grand sourire, pas de gêne visible. Beaucoup de verbalisations pendant le dessin.

  • Commentaires du sujet : « J’ai fait tout en rose, je n’aime pas le noir. » « Je peux colorier, faut que je colorie ? »  « Je voulais faire des loups, mais je ne sais pas les faire… ». Pendant ce dessin, elle raconte un rêve « dangereux » selon elle. Puis elle me parle de son frère jumeau. Je lui demande s’il va dans la même école qu’elle. Elle répondit que non. Je lui dis : « vous avez le même âge alors ? ». Elle me dit qu’il avait 4 ans et elle 5ans. Je lui dis : « il est donc plus jeune que toi ? » «  oui, c’est  mon frère jumeau… »

ENTRETIEN

    • « Cette famille que tu as imaginée, tu vas me la raconter… » Où sont-ils ? Que font-ils là ? Quels rôles pour chaque personnage ?

« Ils vont se balader à la piscine. Ils sont près de la piscine. »

    • Quel est le plus gentil ? « Tous ». Pourquoi ? « Je ne sais pas ». (interruption, parle de son invitation à un goûter, de son amoureux…). Je repose la question : elle désigne sa mère, car celle-ci lui donne des bonbons.
    • Quel est le moins gentil ? « Papa. » Pourquoi ? « Il ne me donne pas de bonbons. »
    • Quel est le plus heureux ? « Moi, l’enfant sourit. » Pourquoi ? « J’aime bien aller dehors prendre l’air ».
    • Quel est le moins heureux ? « Personne. » Pourquoi ? « c’est une famille heureuse »
    • Et toi dans cette famille, qui préfères-tu ? « Tous. » Pourquoi ? « Ils me font des câlins. »
    • Qui serais-tu ? « L’enfant sourit. »
    • Quelqu’un n’a pas été sage. Qui est-ce ? Papa. Qu’aura-t-il comme punition ? « Il ne pourra plus regarder le foot. »
    • Es-tu contente de ton dessin ? « Oui »
    • Ferais-tu de la manière si tu devais recommencer ? « Je ne sais pas »

Le dessin comporte des éléments factuels, formels, mais il ne faut pas négliger le contenu conscient et inconscient. Ce contenu révèle « quelque chose de la personnalité tout entière. »

Mes observations :

  • Aspects formels et graphiques :
  1. semble entrer avec plaisir dans la tâche. L. tient le crayon de manière efficace (pince) L’aspect graphique du dessin correspond à celui d’un enfant de son âge et le dessin des personnages souris est de la même facture que le dessin du bonhomme. Le dessin est très coloré, agréable à voir selon moi. Le dessin se situe dans la partie supérieure de la feuille, zone de l’expansion imaginative selon Corman. Les tracés sont nets et précis, d’ampleur moyenne. Les personnages souris sont dessinés de profil, compétence graphique qui me semble supérieure à celle d’un enfant de 5 ans, qui témoigne de sa maturité et donc de son niveau de développement. Il n’y a pas de facteurs d’inhibition visibles.

L est au stade du réalisme intellectuel (respect des proportions, thème personnalisé, présence de vêtements…). Le type de dessin selon est sensoriel de par la présence de couleurs, d’un décor et de détails.

  1. a commencé son dessin par la droite de la feuille alors qu’elle avait réalisé la plupart des autres activités avec sa main droite : quelle signification peut-on donner à cet acte ? J’ai relié cela au fait que pendant l’assemblage d’objets,  L. prenait les pièces des deux mains. Je me suis alors demandé s’il ne fallait pas vérifier la latéralité innée de L. Ce que je fis à la fin de ce test : L passe bien en premier le bras gauche au-dessus du bras droit. En ce qui concerne le pied, elle tire du pied droit. Je ne pense pas que ce test suffise pour affirmer que la latéralité innée de L. soit à gauche, mais nous incite à penser que L. n’a pas de latéralité bien définie pour le moment.

  • Aspects cliniques :

Le fait que L. ait commencé à droite selon Corman indiquerait un aspect régressif de la personnalité, si on élimine le fait que L. soit gauchère.

L a choisi de dessiner une famille d’animaux, à laquelle elle identifia tout de suite sa propre famille, selon le principe de réalité. Mais on remarque, indice de sa subjectivité et d’une création, qu’elle a dessiné une famille de souris. Il y a donc une oscillation entre le principe de plaisir (dessin d’animaux) et de réalité (identification des souris aux parents et à elle-même). Ce principe de réalité est visible lors qu’elle donne l’âge du papa souris et de l’enfant souris, qui correspond à son propre âge. Il y a donc un principe d’identification de réalité. Mais quelle est l’identification inconsciente ? Le fait que L. s’autorise à dessiner une famille d’animaux pourrait révéler qu’il n’y a pas d’inhibition de la spontanéité, qu’une libre expression des tendances est possible. Les mécanismes de projection sont donc actifs.

Les propos associés aux personnages sont plutôt positifs, les personnages sont tous mis en valeur, surtout la maman dessinée en première et plus grande. Il n’y pas d’angoisse de culpabilité visible. Elle ne parle pas de la séparation de ses parents. Le fait que L. parle d’un frère « jumeau » alors qu’apparemment elle n’en a pas n’est sûrement pas anodin à ce moment du test… De même, lorsqu’elle raconte son rêve…

  1. a ajouté dans l’entretien qu’elle aurait préféré faire une famille de loup, mais qu’elle ne savait pas les dessiner…Pourquoi vouloir dessiner des loups et pourquoi ne pas l’avoir fait ? Est-ce parce que c’est un animal fréquent dans les livres de conte? Ou selon Corman, le loup représente-t-il des pulsions du stade sadique-oral ?

  • Structure formelle du groupe :

Les personnages sont posés sur un sol. Le personnage le plus grand est la maman, qui a été dessinée en première et avec soin. Peut-être peut-on émettre l’hypothèse de l’importance de la maman pour notre sujet, personnage auquel L. s’identifie peut-être. En effet selon Corman, le personnage dessiné en premier est souvent objet privilégié d’identification. Le fait qu’elle s’identifie à un personnage du même sexe semble être une tendance « ordinaire » (80%).  

Le dessin du papa diffère un peu de celui de l’enfant et de la maman : pas de doigts, coloriés en totalité…L’aspect du genre  est visible par les vêtements (robe/pantalon) et caractères sexuels secondaires (jambes plus larges…) et l’aspect générationnel (âge donné aux personnages/taille des personnages) apparaît clairement. L’enfant se situe entre le papa et la maman, les personnages sont tous à la même distance les uns des autres. Les parents sont séparés par le personnage souris enfant. Il n’y a pas de mise à l’écart visible d’un personnage, ni de rapprochement.

Le cadre est mobile puisque L. précise que « la famille va à la piscine ». Il y a un souci du détail et de reconnaissance des personnages.  

  • Analyse de l’entretien :

Les propos de L. mettent en lumière le fait qu’elle insiste sur la dimension heureuse de sa famille, dans laquelle tous seraient heureux, tous seraient gentils. Elle s’identifie clairement à l’enfant souris. Après questionnement, la maman est désignée comme la plus gentille, ce qui renforce le fait qu’elle puisse s’identifier avec ce personnage. Le papa est celui qui serait le moins sage et le moins gentil et justifie cela par des éléments factuels (ne donne pas de bonbons…), la punition est adaptée au loisir du papa. Elle se désigne comme le personnage le plus heureux, ce qui révèle un état psychique équilibré. Elle refuse de choisir un personnage préféré, « ils sont tous préférés », car « ils lui font des câlins ». Ses propos font ressortir une harmonie familiale (passée ? rêvée ? réelle ?).

En conclusion, le dessin réalisé par L. et les autres données cliniques recueillies au cours de ces rencontres nous permettre  de dire que L. semble avoir une bonne adaptation au réel, la structure du Soi paraît solide. Une bonne relation affective avec les parents semble apparaître. Cela demanderait à être corroboré avec un autre test projectif sur ce thème ou un autre dessin de famille réalisé plus tardivement.  L. est une petite fille qui semble avoir une bonne maturité affective avec une souplesse du fonctionnement psychique. Je vais mettre cela en lien avec le dessin de sa famille de la 4ème séance, ses dessins libres et le test du Rorschach.

La figure de Rey

 

La figure de Rey

 

A la suite de la WIPPS 3, je souhaitais confirmer les capacités visuo motrices et de coordination visuelle  de L. La tâche de la figure de Rey me semble pertinente pour infirmer ou confirmer cette hypothèse. C’est une épreuve de mémoire et de copie. J’ai utilisé différents crayons de couleur pour suivre le tracé de L. C’est un test intéressant, car il présente une alternance : objet  présent qu’il faut reproduire/objet absent qu’il convient d’évoquer.

 

 

  • Copie de la figure A (processus de reproduction, fidélité de la copie et durée)

 

  1. semble appliquée. Le temps est d’une minute et cinquante-deux secondes, ce qui correspondrait au centile 70, ce qui signifie que seuls 30 pour cent des enfants de l’âge de L. ont des performances supérieures. On peut donc dire que cette copie a été faite rapidement, surtout si l’on considère comme Osterrieth que le temps nécessaire pour un enfant de 4 ans dépasserait 8 min. L’alternance des couleurs ne semble pas gêner L. Elle débute par le cercle, les deux petits points, le petit trait puis le triangle et la croix. Ensuite le rectangle, puis l’arc de cercle et enfin le carré (elle dit « : je ne sais pas faire les losanges. »). Elle continue avec le point et le signe égal. On voit donc qu’aucun élément n’a été oublié. L. identifie les formes à des têtes (le cercle : une tête de bonhomme avec deux yeux ; le rectangle : une tête de robot avec comme bouche l’arc de cercle). Le triangle est un peu déformé, ainsi que le carré. La diagonale est perçue, mais L. a éprouvé quelques difficultés à la replacer.  Le triangle n’est pas proportionnel à la hauteur du cercle. Tous ces éléments sont « ordinaires » pour une enfant d’âge réel 4ans et 11 mois, qui ne possède pas encore une aisance graphique complète. On peut dire qu’en général L. a perçu correctement le rapport des figures les unes avec les autres. Les éléments secondaires sont plus imprécis, ce qui peut être expliqué par l’âge de L. Le nombre de points est de 18,5 ce qui correspond aux centiles 40 pour les enfants de 5 ans et aux centiles 90 pour les enfants de 4 ans. La performance de L. est semble-t-il entre ces deux centiles.
  2. a donc fonctionné selon le niveau 4, qui correspond à une juxtaposition de détails. Ce type 4 est utilisé comme type secondaire pour des enfants de 4 ans, mais domine pour des enfants de 5 ans et plus. Cette enfant a procédé de proche en proche, de gauche à droite. La copie est rigoureuse. L’ensemble est globalement réussi et reconnaissable en prenant en compte la rapidité d’exécution de L.

 

 

  • Dessin de mémoire

 

Après un délai de 3 min, le dessin a été fait encore plus rapidement que celui de copie (1min 14), vitesse peut-être due à un certain manque de motivation. Il y a une diminution du nombre de points, mais assez limitée (12,5). Cette performance permettrait de situer L. aux centiles 50 pour une enfant de 5ans et aux centiles 90 pour une enfant de 4 ans.

Au niveau de la procédure de construction, L. a procédé exactement de la même manière que pour le dessin de copie. Le fait de lui redonner les crayons de couleur a peut-être favorisé cela et a induit un sens de construction. Le nombre d’éléments présents est important. On remarque les déformations aux mêmes  endroits (carré). Les rapports entre les figures sont plus extrêmes. Le nombre d’éléments secondaires est moindre.

Le fait que L. ait associé à chaque élément une forme reconnaissable pour elle (cercle est une tête de bonhomme) a peut-être favorisé le dessin de mémoire. La forme du dessin est globalement respectée et reconnaissable.

 

 

  • Comparaison de ces deux passations :

 

Après analyse de ces deux dessins, L. montre des « capacités de retenue de l’objet interne » ainsi que des compétences variées (graphique, structuration spatiale, mémorisation). Ce test permet de révéler comment cette enfant s’organise face à la tâche difficile et ce qu’elle a pu en conserver quand le modèle a disparu. Le niveau de performance en mémoire est moindre, mais  cela semble être courant. De plus, les deux passations se situent dans les mêmes percentiles ce qui indique que les processus de copie et de mémorisation sont efficients et de même «  niveau ». Pour les deux passations, on remarque une rapidité d’exécution avec une précision dans la mémorisation. L’appropriation du matériel est efficiente. Les aspects graphiques sont dans la zone de ceux des enfants de son âge. En conclusion, les performances de L. à la figure de Rey se situent dans la moyenne des performances de celles des enfants de son âge.

 

L’hypothèse  de capacités visuomotrices et de coordination visuelle efficientes est donc confirmée.