Test du Rorschach

 

Rorschach

 

 

 

  • Choix du test

 

Après la passation de la WIPPS 3 et des deux rencontres avec cette enfant, je me pose l’hypothèse de son fonctionnement psychique, de son rapport à la tâche. Le test du Rorschach va amener un moment moins « cadrant », sans l’étayage de tâches scolaires. Quelles résistances et mécanismes de défense vont être mis en lumière ?  Les résultats seront à mettre en lien avec ceux du WIPPS 3, de la famille imaginaire et des entretiens et du fait qu’elle ait dit qu’elle n’aimait pas le noir.

« Le test de Rorschach, par sa nature même, fait appel à la fois à la sensorialité du sujet, et à son inconscient, mais surtout à sa capacité projective à partir de son interprétation libre des taches. ».

 

 

  • Déroulement de la passation

 

  1. L’enfant  (élève de Grande section de maternelle) est installée assise devant une table. Je suis assise à droite par rapport à elle, un peu à distance. J’enregistre par écrit et sur bandes magnétiques ses réponses et je dispose à portée de la main, préparées dans l’ordre de leur présentation, les planches. Je  place devant L. les planches les unes après les autres et je lui demande : qu’est-ce que cela pourrait être ? » (cf. annexes pour le recueil des réponses spontanées). Je note toutes les caractéristiques de ces interprétations telles qu’elles ont été dites : avec leurs hésitations, leurs répétitions, leurs temps de silence, leurs particularités verbales (maladresses syntaxiques, erreurs grammaticales, lapsus)… et tout ce que L. a dit en dehors de ses interprétations proprement dites : commentaires, hésitations, questions…Je prends en compte également les  attitudes et comportements (postures, mimiques, commentaires gestuels, tenue de la planche, manipulations de la planche). Enfin, toutes les questions et interventions, in extenso, que je serai amenée à poser.

 

Dans un second temps, c’est le temps de l’enquête : je propose au sujet de revenir sur chacune de ses réponses. Je les lui rappelle au fur et à mesure grâce à ma prise de notes  et je lui demande de préciser ses réponses, voire éventuellement de les compléter, pour m’en assurer. Enfin, c’est l’épreuve des choix, qui consiste à demander au sujet de choisir les deux planches qu’il préfère (celles « qui lui plaisent le mieux ») et les deux planches qui lui plaisent le moins, puis de justifier ses choix.

 

Observations lors de la passation : C’est la première fois que je fais passer ce test. La cotation me semble complexe et du coup elle risque d’être imparfaite…

  1. répond très rapidement (cf. temps de latence moyen 5,5 secondes), et généralement avec une seule réponse. Je n’ai observé que peu d’hésitations (hum Planche 5) et remarques.

Il est à remarquer que L. est restée debout pendant toute la passation. Généralement elle tient les planches à l’endroit, quelquefois passe sa main dessus.

J’ai dû freiner L., car elle voulait prendre elle-même les planches à un rythme très rapide.

Je ne suis intervenue que peu de fois et seulement pour vérifier si L. a bien donné toutes les réponses qu’elle pouvait donner. Le niveau de vocabulaire employé est homogène.

  1. montre une aisance lors de cette passation.

 

Au vu des réponses de L, il est possible que j’aurai dû poser plus de questions sur les déterminants, pour obtenir plus d’informations sur les mouvements ou non des éléments vus.  De plus, je ne pense pas avoir été assez attentive aux postures, mimiques et gestes de L., car j’étais trop occupée à noter ses réponses et à contrôler le rythme de la passation. Je pense donc être passée auprès de beaucoup d’indices non verbaux. L’enquête limite aurait peut-être permis de voir si L. pouvait faire des réponses D et de donner des réponses humaines en mouvement.

 

 

  • Triage des réponses

 

  • Informations générales :

En regardant la table des moyennes par âge, on constate que le nombre de réponses de L. est dans la norme à celui des enfants de son âge (15 réponses) voire un peu inférieur selon S Beck et al (22 réponses pour eux à cet âge). Il n’y a pas de refus. Le temps de latence  moyen est de 5,5 secondes environ. La durée totale de la passation est de 12 min.

 

Le mode d’appréhension majoritaire est l’appréhension globale (53%), puis l’appréhension D (minoritaire 47%) et les appréhensions Dd  et Dbl sont absentes. Selon Nina Rausch de Traubenberg, cette modalité est prévalente pour les enfants d’âge préscolaire. La valeur interprétative de l’appréhension globale pour une enfant aussi jeune n’est pas aisée : on peut dire que le mode d’appréhension globale révèle une saisie immédiate de l’engramme dans son ensemble avec ou non ici intrication des interstices blancs. (cf.  Pour la planche 1, la première réponse est celle du papillon, mais lors du choix des planches aimées, elle insiste sur la notion de trou : pour cette planche il y a donc une prise en compte du blanc et des trous.)

En ce qui concerne le mode de succession des réponses, le  peu de réponses multiples montre une succession non systématique (planche 2 : G puis D ; planche 3 D et D ; planche 4 D, D, D ; planche 9 D et D) et en général un respect de la première appréhension. . Il y a très peu de description de ses réponses.

 

  • Informations contenues :

Les contenus sont majoritairement humains (avec (H)) puis objet,  animalier, et enfin une réponse fragment et anatomie (cf. réponse P 3 : « squelette »). On peut remarquer que les réponses objet sont assez fréquentes dans ce test.  

Il est ordinaire pour un enfant de cet âge d’avoir un pourcentage de réponses animales assez élevé : ici il est de 20% comme celui du pourcentage de réponses humaines. Il semble donc que ce pourcentage soit un peu inférieur à la norme.

Le contenu de ces réponses est en majorité réel et concret (caillou, fusée…).

Le pourcentage de réponses humaines est dans la norme. Leur contenu est surtout irréel (monstre, extraterrestre, squelette).

Le pourcentage de réponses banales est dans la norme selon Nina Rausch. L., de même que la majorité des autres sujets donne à la planche 5 une réponse banale. Ce ne sera pas le cas à la planche 8, bien que cela soit fréquent.

En conclusion, les contenus sont peu variés ainsi que le nombre de réponses. La spontanéité créative, la quantité d’information dépendent à cet âge pour une grande part de l’environnement dans lequel vit l’enfant.

 

  • Informations déterminantes :

Les pourcentages des déterminants forme et forme+ est dans la norme (80 et 63%).  Le pourcentage de F+, dans la norme, met en lumière une participation réactionnelle au registre sensoriel, émotionnel, d’influence positive ici. Il n’y a pas de qualificatifs de ces formes ni en taille ni en couleurs ou autre. Il peut y avoir une appréhension délimitée des formes (cf. planche 3 « nœud de papillon)  et des configurations plus larges (cf. réponses « caillou, poulet, machine de poulet, planches 6 et 9).

 

Ces pourcentages révèlent que ce sujet s’appuie sur son expérience acquise de la réalité objective, sur des conduites intellectuelles et émotionnelles, assez contrôlées ici. La prévalence des réponses forme  est fréquente pour les sujets névrotiques ou « normatifs » selon Nina Rausch.

 

Il n’y a qu’un déterminant mouvement et un déterminant forme et couleur et couleur et forme. La quasi-absence de réponse mouvement pourrait révéler une immaturité de l’organisation affective et perceptive ou la présence de mécanisme de refoulement. Le fait que L. n’ait pas fait de réponse kinesthésique à la planche 3, fortement inductrice de mouvement, pourrait confirmer l’hypothèse précédente et que ce sujet éviterait la confrontation avec la relation.

En ce qui concerne la sensibilité aux couleurs, celle-ci est visible lors du commentaire à la planche 8 « il y a des couleurs » et à la planche 2, quand elle détaille les yeux et la langue du bonhomme.

 

 

  • Analyse  planche par planche :

 

(Aspect sémantique, Aspect spatial, Aspect thématique)

 

P1 : c’est une entrée en matière dans le test. Le temps de latence de L. est au-dessus du temps de latence moyen. Il y a donc un traitement plus long de cette première planche.

 

P2 : cette planche est censée éveiller plus facilement des kinesthésies, ce qui n’est pas visible ici sauf pour la réponse « il tire la langue ». Le rouge et le noir sont pris en compte. A partir de détails, L. reconstitue un bonhomme ou une tête de bonhomme. C’est une planche qui met en lumière des mécanismes d’agressivité.

 

P3 : il n’y a pas non plus de kinesthésie dans la réponse de L. bien que selon Minkowski, (1956, P188), c’est la planche qui éveille le plus facilement des kinesthésies. De même, toujours selon cet auteur, L. a décomposé cette planche en parties qui amènent une réponse particulière (nœud de papillon, squelette). Ici il n’y a pas de relation humaine visible, pas d’identification à quelque chose de « vivant ».

 

P4 : on aperçoit dans la réponse de L.  (Monstre, extraterrestre), que cette planche amène des perceptions  de menace, de quelque chose de mystérieux. C’est la planche de la figure paternelle,  qui semble puissante ici. Le temps de latence est le plus long et cela montre l’impact de cette planche. La réponse « fusée » révèle la présence d’un axe médian : cela met en lumière une  projection verticale stable du corps dans l’espace.

 

P5 : « encore un papillon, hum » la réponse est banale et montre une facilité dans l’interprétation, comme le démontre le temps de latence. Mais le commentaire « encore un papillon et la vocalisation « hum » révèlent l’impact de cette planche sur L. C’est la planche de la réalité, ici bien entrevue par L.

 

P6 : « caillou » : une réponse globale est donnée, mais au contenu plutôt inhabituel. Cette réponse ne révèle pas de prise en compte de l’axe de symétrie, ni de la dualité de la planche. C’est la planche de la sexualité, contenu absent ici au niveau de la réponse littérale.

 

P7 : « des gens » : L. prend donc en compte l’espace central. De manière ordinaire, cette planche amène de nombreuses réponses kinesthésie de la part des sujets. Ce n’est pas le cas ici. C’est la planche de la figure maternelle : L. ne donne pas d’indication sur les liens que « ces gens » entretiennent…

 

P8 : « Il y a de toutes les couleurs (6s) heu un miroir» : le temps de latence est rapide, mais le commentaire sur le fait qu’il y ait des couleurs et l’hésitation montrent une sensibilité particulière à celles-ci.  L’émotivité apparaît. Le fait que je sois obligée de faire répéter L. confirme cela. Ici l’aspect global est privilégié.

 

P9 : « poulet et une machine à faire du poulet » : le temps de latence est plus long que le temps de latence moyen. Cette planche semble avoir un fort impact comme le montrent les réponses assez inhabituelles du sujet et le fait que L. rit.

 

P10 : « objets » : j’aurais peut-être pu demander de quels objets il s’agissait. L. donne une réponse globale, sans désirer s’expliquer sur celle-ci. C’est la planche du morcellement, visible dans la réponse, mais refoulée puisque L. ne veut ou ne peut localiser sa réponse.

 

  • Choix des planches aimées :

-Planche 10 : « parce qu’il y a des couleurs » ; Cette réponse est intéressante, car  elle donne plus d’informations sur le ressenti de L. celle-ci est donc sensible à cet aspect. C’est une planche très souvent préférée.

 

-Planche 1 : « parce qu’il y a un trou » : cette réponse met l’accent sur le fait que le sujet prenne ici en compte le blanc de la figure, considéré comme un trou.

 

  • Choix des planches non aimées :

Planche 3 : « j’aime pas les os » : il y a une réaction claire ici à des aspects anatomiques, une réaction négative ici.

Planche 2 : « j’aime pas quand il y a les yeux comme ça en rouge. » Le sujet réagit et montre une sensibilité au rouge, au déterminant couleur.

 

 

  • Analyse interprétative

 

On peut tout d’abord observer une spontanéité dans l’expression, qui correspondrait au fonctionnement « normatif », avec donc un  maniement du matériel personnalisé. Ceci suppose un travail de mise en place des relations, un investissement de la réalisation de soi tributaire des images parentales. Il ne semble pas avoir de problématique relationnelle importante (pas d’expérience de rupture, de non-communication)

Ensuite, au  niveau du contenu, les réponses de L. révèlent  une prévalence du monde réel et concret, sans thème prévalent. On peut remarquer un recours fréquent à la réalité : est-ce une attitude défensive ? L. assimile peut-être la situation à une situation scolaire. La référence « au poulet » (planche 9) montre  plus de fantaisie par la couleur.

On ne remarque pas dans les réponses une caractérisation pathique : en effet, peu de sensorialité émerge des réponses, sauf à la planche 8. De même on remarque que peu  d’affects émergent.

En ce qui concerne la question sexuelle, seules les  références à la fusée et à la tête (planche 4 et 2) y font appel.

Il n’y a pas de chevauchements,  de superpositions, de combinaisons dans les réponses  donc a priori il ne semble pas avoir de défaut de différenciation de soi. De même, les contenus animaux et objets, bien délimités localisés et entiers sont aussi un critère d’une différenciation réussie.

Au niveau de l’image de soi, les prises de position perceptibles sont bien assumées, correctement justifiées même si pas toujours d’une grande rigueur formelle. Les représentations humaines ne sont pas distordues ni fragmentaires ce qui nous permet d’affirmer que la  limite entre soi et l’environnement sont construites suffisamment solides.

Par contre, les contenus (H) (monstre, extraterrestre…) révèlent une sensibilité particulière à ce qui n’est pas achevé, une apparition de l’angoisse. De même, un dénivellement du niveau des réponses  est assez visible à partir de la planche 6 puisque n’apparaissent plus de réponses banales et qu’émergent davantage de formes moins.

La représentation de soi face à l’environnement et surtout aux images parentales (planche 1, 4, 6, 7) montre une non-prise en compte de l’aspect dual ou symétrique. Cela est renforcé par l’absence de kinesthésie et de liens entre les personnes. Il y a une centration sur le caractère unilatéral des figures, même quand l’aspect figuratif des planches (cf. planche 7) amènerait une perception bilatérale. Cet aspect des réponses de L. serait à prendre en considération lors de la passation d’un autre test projectif. Au regard de la situation familiale de L., on peut peut-être poser l’hypothèse que cet évitement de la représentation conjointe  des images parentales, comme si cette enfant cherchait à nier le conflit existant entre ses parents (mais le dessin de famille montre clairement qu’au niveau conscient, L. connaît la situation.).

En conclusion, le rapport G/D, les prises de position, l’aspect non fragmenté des contenus, le nombre de réponses banales révèlent une image de soi différenciée. L’affectivité et l’émotivité semblent contrôlées, ainsi que l’angoisse.

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