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L’échec scolaire chez l’enfant surdoué

Les enfants surdoués en échec scolaire

Sommaire

  • Introduction
  • Qu’est-ce que l’échec scolaire ?
  • Quelques données sur l’échec scolaire.
  • Caractéristiques des personnes surdouées
  • Principaux problèmes relevés chez les surdoués
  • témoignage
  • Aperçus de la « surdouance » dans différents domaines :
    • Le cinéma
    • La musique
    • Les sciences

L’échec scolaire des enfants surdoués

Un titre qui accroche me direz-vous ? Certes, au premier coup d’œil, l’expression semble contradictoire, presque dénuée de sens ! Pourquoi ceux qui auraient des facilités intellectuelles auraient des difficultés pendant leur cursus scolaire ? Il parait difficile d’associer l’image d’un enfant surdoué et celle d’un cancre, assis au fond de la classe près du radiateur !

Malgré notre tendance à penser que ces enfants, de par leurs dons exceptionnels et leurs facultés extraordinaires, n’ont besoin d’aucune aide, les spécialistes montrent qu’il n’en est rien, bien au contraire : les surdoués rencontrent bien souvent des problèmes d’adaptation scolaire et sociale !  

Les enfants intellectuellement handicapés sont pris en charge mais l’on oublie souvent les surdoués, pour qui la détection de leur particularité est quasi- invisible. Nous pouvons noter au passage qu’il y a autant d’écart entre un handicapé mental et un enfant normal qu’entre un enfant normal et un enfant surdoué !

Il paraît toujours paradoxal que les enfants surdoués se retrouvent en situation de faillite. Ce phénomène continue de surprendre les spécialistes eux-mêmes : si on est intelligent, on doit réussir en classe. Leur incrédulité têtue a du mal à céder devant l’évidence : les enfants surdoués risquent autant que les autres – peut-être même davantage – l’échec scolaire.

Malgré leurs compétences extraordinaires, les surdoués sont parfois confrontés à l’échec scolaire ou, plus globalement, à une inadéquation entre leurs possibilités et ce qui leur est offert dans leur milieu environnant, pour parvenir à s’épanouir. Ce phénomène est décrit sous le terme anglo-saxon d’“ underachievement ”, c’est-à-dire une sous utilisation des capacités d’un individu par rapport à ce qu’il serait théoriquement capable de produire. Cette sous-exploitation est liée à des variables émotionnelles ou motivationnelles.

Mais penchons nous de plus près sur les termes de ce titre. Qu’est-ce que l’échec scolaire ? Qu’est-ce qu’un enfant surdoué ? Les images que nous en avons correspondent-elles vraiment à la réalité ? Quels sont les problèmes rencontrés ? Les aptitudes des élèves surdoués impliquent-elles nécessairement la réussite scolaire ?

Des hommes célèbres sont l’exemple type de l’élève surdoué : le poète allemand Goethe, avec un QI de 210, Blaise Pascal (QI de195), Galilée (QI de 185), Descartes et Nietzsche (QI de180), Mozart (QI 165) et Einstein (QI de 160).

Qu’est-ce que l’échec scolaire ?

Cette expression peut se définir par le non aboutissement de la scolarisation d’un élève. Cependant, la notion d’échec scolaire est une notion relativement récente : apparue dès 1950, elle n’est utilisée que depuis les années 1960. Par conséquent, il s’agit d’une notion difficile à définir dans l’absolu, puisqu’elle est liée au contexte social et historique dans lequel la question est posée. Elle dépend de l’objectif que la société s’est fixée à un moment donné, en termes de durée de scolarisation et de niveau de diplôme à atteindre.

 

Pour aborder la question de l’échec scolaire, il faut avoir en tête les différentes composantes de ce phénomène :

 

  • Les difficultés d’adaptation à la structure scolaire. L’accent est mis sur les perturbations comportementales et relationnelles de certains élèves, ce qui peut conduire ces derniers à diverses formes d’exclusion, voire d’auto-exclusion.
  • Les difficultés d’apprentissage. L’accent est mis sur les problèmes cognitifs et le manque de compétences. Dans ce cas, on insistera, par exemple, sur les insuccès dans les savoirs de base (lire, écrire, calculer) observables dès le cours préparatoire.
  • Les procédures d’élimination ou de relégation. L’accent est mis sur les orientations négatives : redoublement, placement dans une structure ou une filière dévalorisée.
  • Les difficultés de passage d’un cycle à l’autre. L’accent est mis sur le non-accès au lycée ou à l’enseignement supérieur.
  • L’insuffisance ou l’absence de certification scolaire. L’accent est mis sur l’évaluation ou la sanction d’études (examen, diplômes).
  • Les difficultés d’insertion professionnelle et sociale. L’accent est mis sur la sortie du système scolaire et l’entrée dans le monde du travail.

 

En complément, nous pouvons dire que la notion d’échec scolaire s’applique tout particulièrement à l’école élémentaire, au collège et au lycée.

 

Quelques données sur l’échec scolaire

 

Deux indicateurs principaux sont souvent utilisés par les statisticiens de l’éducation pour essayer de chiffrer le poids de l’échec scolaire.

D’une part, c’est le critère de retard scolaire qui vient à l’esprit : le système scolaire est construit de telle sorte qu’à chaque niveau ou classe, à l’école élémentaire comme au collège, correspond à un âge dit normal. Tout élève ayant une année, deux années, voire trois années de plus que cet âge se trouve en retard scolaire.

 

Tableau présentant la répartition par âge du CP au CM2 en 1997-1998 écoles publiques et privées confondues.

Classes Ages

x ans : âge « normal »

Total

(nombre d’élèves)

Total

(en pourcentage)

CP 5 ans 9 706 1,8
6 ans 729 471 91,5
7 ans 55 667 6,4
8 ans et plus 3 295 0,4
CE1 6 ans 13 108 2,6
7 ans 684 210 85,6
8 ans 99 401 11,3
9 ans et plus 6 618 0,8
CE2 7 ans 16 253 2,7
8 ans 634 915 83,4
9 ans 113 270 13,2
10 ans et plus 9 444 1,1
CM1 8 ans 18 367 3,0
9 ans 616 808 80,6
10 ans 122 648 14,3
11 ans et plus 11 528 1,4
CM2 9 ans 20 520 3,6
10 ans 148 390 77,5
11 ans 144 201 17,7
12 ans et plus 10 225 1,3

 

Le retard scolaire n’est pas un signe d’échec en lui-même, mais il s’agit plutôt de ce qu’il sous-entend : le redoublement. Car en effet, lorsqu’un élève prend du retard pour une cause externe (hospitalisation, maladies longues ou répétées), il ne se trouve pas nécessairement en échec. Son cursus se déroule normalement, jusqu’aux études secondaires longues. Par contre, le redoublement est le signal d’alarme qui a une forte valeur prédictive de l’échec scolaire.

Tout se passe comme si le redoublement engendrait l’échec. Cependant, les enseignants font redoubler un élève parce qu’ils constatent des lacunes dans les apprentissages fondamentaux en pensant que l’élève pourra « reprendre un bon départ ». Or, dans une grande majorité des cas, ce démarrage ne se fait pas : un premier redoublement est suivi d’un second à l’école élémentaire, voire d’un troisième au collège, et se solde soit par une orientation « négative » en classe pré professionnelle de niveau (CPPN) ou en classe préparatoire à l’apprentissage (CPA), soit par une sortie du système scolaire à seize ans, sans diplôme.

La sortie de la scolarité obligatoire sans diplôme ni qualification est également un signe à part entière d’échec scolaire. C’est le cas de 8 % des élèves entrés en sixième en 1989.

 

On remarque d’ailleurs que plus le redoublement est précoce, plus il est le signe d’un risque d’échec. En effet, l’impact positif attendu n’a pas lieu, car les élèves n’ont pas une maturation psychologique et physiologique naturel nécessaire.

 

D’autre part, l’échec scolaire a pour critère les évaluations nationales qui, chaque année, indiquent le niveau de connaissance atteint en français et en mathématiques par tous les élèves, en début de CE2, et en début de classe de 6ième. Cet instrument d’analyse permet de donner des indications précises et sûres sur l’échec scolaire à différentes échelles : dans l’école, dans l’académie, dans la France entière.

 

Selon les chiffres de 1990, 10,5 % des élèves en « grande difficulté » abordent la sixième avec un ou deux ans de retard, et de mauvais résultats en mathématiques et en français. À l’évaluation de 1997, 9,6 % des élèves ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et en calcul (contre 8,4 % l’année précédente). C’est donc près d’un élève sur dix qui entre au collège en situation difficile sur le plan de l’acquisition des connaissances de base.

 

Malgré ces résultats inquiétants, on peut cependant constater que de 1950 à 1965, le taux d’adolescents fréquentant le collège est passé de 26 % à 55% de la population de onze à quinze ans ; qu’en 1975 ce taux atteignait 75%, qu’en 1998, ce sont 3 186 000 élèves qui vont au collège, soit la quasi-totalité des classes d’âge de onze à seize ans.

Caractéristiques des personnes surdouées

La grande majorité des auteurs s’accorde pour dire que le surdoué est une personne dont l’intelligence est très supérieure à la moyenne. Le surdoué est donc définit en fonction de son intelligence, et non en fonction des talents qu’il possède, aussi extraordinaires soient-ils. Ainsi, un sportif de très haut niveau, un artiste ou un calculateur prodige ne sont pas des surdoués, à moins qu’ils possèdent une intelligence hors du commun.

 

La signification absolue de l’intelligence reste un mystère qui n’est pas prêt d’être élucidé. Au début du siècle pourtant, les premiers tests d’intelligence ont été élaborés par Binet et Simon. Puis d’autres auteurs ont emboîté le pas, donnant naissance aux tests de quotient intellectuel (tests de QI). Depuis, d’autres tests plus complets ont été élaborés, afin de tenir compte notamment des facultés créatrices et d’adaptation, et des capacités de diriger. Ces tests n’ont pas la prétention de définir l’intelligence, et encore moins de l’évaluer avec exactitude, mais ils donnent des indices sur le degré d’intelligence des sujets.

 

La plupart des tests fixent à 100 points la valeur moyenne du quotient intellectuel QI. La personne surdouée a un QI supérieur à 130.

 

Le concept d’enfant surdoué renvoie le plus souvent désormais à la note obtenue à l’échelle d’intelligence de Weschler. 2,5 % des enfants d’une classe d’âge vont avoir une note inférieure à 70, ce qui signe le retard mental et qui peut être plus ou moins important et 2,5 % des enfants d’une classe d’âge vont avoir une note supérieure à 130 ce qui correspond à la catégorie des enfants dits « surdoués ». Etre surdoué, selon cette définition stricte voire restrictive, fondée sur une note à une échelle composite faite d’épreuves hétérogènes, signifie être en avance par rapport aux autres enfants de son âge. On parle aussi « d’enfant précoce ». C’est une donnée importante, car le QI n’a pas la stabilité que l’on veut bien lui attribuer trop souvent. Il n’est pas immuable et peut varier au gré de l’évolution plus ou moins rapide de l’enfant ou de l’environnement (Duyme, 1999). Il est donc toujours nécessaire d’évaluer l’efficience intellectuelle dans la durée et de savoir temporiser aussi bien avec l’enfant qu’avec son entourage.

 

Etre surdoué, c’est aussi avoir de remarquables capacités de rapidité de traitement de l’information. Cela permet à l’enfant de comprendre et d’analyser les événements bien plus rapidement que les autres enfants du même âge, et parfois que beaucoup d’adultes. Enfin, avoir un quotient intellectuel supérieur à 130, c’est aussi avoir de grandes capacités mnésiques. Etre surdoué ne se limite pas à des capacités intellectuelles quantitativement supérieures, il y a aussi des différences sur le plan qualitatif. Certains de ces enfants sont exceptionnellement curieux, et dès qu’ils savent parler, ils fatiguent et mettent en difficulté leur entourage avec des questions toujours plus complexes. Comme les efforts intellectuels ne semblent pas leur coûter, ils peuvent pratiquer des activités pendant un laps de temps très long. Ils apparaissent insatiables, toujours demandeurs et très exigeants. Par ailleurs, s’ils éprouvent beaucoup de plaisir à recourir au raisonnement hypothético-déductif, ils utilisent également très jeunes le raisonnement par associations d’idées ce qui en fait des enfants facétieux, pleins d’humour mais aussi très « créatifs », fourmillant d’idées.

 

Les caractéristiques présentées par les surdoués s’observent à plusieurs niveaux 

 

  1. AU NIVEAU DE LA PRECOCITE

Dès leur enfance, certains enfants montrent des signes d’aptitudes intellectuelles supérieures. Ils marchent, parlent plus tôt que les autres de leur âge. Chez ces enfants, le langage, une fois acquis, est manié à un niveau plus que satisfaisant (pour leur âge). Ils apprennent par exemple plus rapidement que les autres enfants.

 

  1. AU NIVEAU DU LANGAGE

Les enfants et adolescents surdoués ont généralement une remarquable facilité d’expression verbale et manient le langage de façon très créative et avec un vocabulaire particulièrement riche. De plus, ils parviennent à lire plus tôt que les autres enfants et ceci avec une facilité déconcertante.

 

  1. AU NIVEAU CONCEPTUEL

Ils ont souvent une perspicacité incroyable pour établir des relations de cause à effet, pour comprendre les rapports entre les choses, de même que pour manier des symboles. De plus, ils sont considérés comme très observateurs et aiment manipuler, examiner et construire.

 

  1. AU NIVEAU SOCIAL

Ils sont connus pour avoir un sens de l’humour particulièrement développé. Ils cherchent la plupart du temps des amis plus âgés qu’eux auprès desquels ils assument fréquemment des rôles de meneurs ou des amis de niveau intellectuel proche du leur. Il est compréhensible qu’ils préfèrent se lier à ceux qui leur ressemblent intellectuellement, sans quoi ils n’auraient guère de satisfaction et l’ennui et la frustration l’emporteraient dans toute activité.

  1. AU NIVEAU DE LA PRODUCTIVITE

Ils ont généralement un très haut niveau d’énergie intellectuelle et détestent rester inactifs. Leur « auto-motivation » pour apprendre est impressionnante, de sorte qu’ils n’ont jamais vraiment besoin d’être stimulés. Ils se fixent des buts élevés. Enfin, ils ont une faculté d’attention prolongée, de même qu’une capacité de concentration étonnante.

 

  1. AU NIVEAU DES CENTRES D’INTERETS

On constate que dès l’âge de 3 à 4 ans, ces enfants sont confrontés au « problème des limites »: limites de la vie (problème de la naissance, de la mort, de Dieu), limites du temps (préhistoire, origine du monde et de ses composants: êtres vivants et végétaux) et limites de l’univers (le ciel, les étoiles, l’astronomie, le jour, la nuit).

Les auteurs mentionnent principalement leur intérêt pour l’origine de l’univers et de la terre, l’astronomie, l’évolution des espèces et de l’homme, les biographies des grands hommes, des savants et des artistes, le hasard et les probabilités à travers les jeux, les diverses civilisations, les volcans, les tremblements de terre, la géologie, les relations de nombres, etc.

Les surdoués s’intéressent particulièrement aux jeux qui font appel à l’intelligence, tels que les échecs, les dames, les puzzles ou les anagrammes. Les enfants surdoués sont de grands lecteurs. « 88% d’entre eux lisent plus que l’enfant moyen et aucun ne lit moins »  Ils sont particulièrement friands d’ouvrages scientifiques et historiques, de récits de voyages, de poésies et de pièces de théâtre. Ils lisent plus de livres d’aventures et de récits mystérieux et choisissent librement leurs lectures.

 

Principaux problèmes relevés chez les surdoués

 

Estime de soi et échec scolaire

 

Le nombre d’enfants amenés en consultation pour difficultés ou échec scolaires est très important et vraisemblablement croissant. Aujourd’hui, la demande d’aide est, dans 80 % des cas, médiatisée par l’école. Les médecins se disent parfois perplexe sur l’attitude à avoir, face à une telle demande. Ceci est accentué par le fait qu’il perçoit ses difficultés, et les conséquences dont peut dépendre l’avenir scolaire de l’enfant. De nombreux facteurs sont impliqués : le milieu socioculturel bien sûr, mais aussi les conditions psychologiques, affectives et relationnelles de l’enfant et la qualité de la relation pédagogique.


En matière d’apprentissage, il y a lieu de distinguer, deux grands types de facteurs, les facteurs généraux, par exemple la motivation, le plaisir de l’activité, la qualité de la relation avec la personne impliquée dans l’apprentissage… et les facteurs spécifiques, par exemple lors de l’apprentissage de la lecture, tel facteur perceptif, linguistique, cognitif…

 

Pensée, intelligence, raisonnement

 

Dans notre société, l’école est un puissant organisateur de la vie psychique de l’enfant et l’enjeu de l’adaptation scolaire est considérable : un enfant qui se révèle compétent en CP renforce son sentiment d’estime de soi, lequel est secondairement renforcé par les gratifications de son environnement.

 

L’échec scolaire intervient comme un puissant facteur de désorganisation et de régression. Une étape essentielle du développement et de l’élaboration de la pensée de l’enfant est l’accès au langage, notamment à partir de la deuxième année. C’est une révolution pour la pensée de l’enfant : il peut se représenter les objets par des mots, c’est-à-dire accéder à la symbolisation, donc communiquer par les mots et le langage avec les autres, et plus tard, accéder à la langue écrite.

Les capacités intellectuelles sont une chose, les capacités de raisonnement une autre. Les premières incluent les connaissances, les informations, bien distinctes des secondes qui évaluent la qualité du jugement et du raisonnement.

 

Echec scolaire

 

On est souvent confronté à un constat paradoxal : un QI élevé ne correspond pas forcément à une bonne réussite scolaire alors qu’à l’inverse un enfant dont le QI est en dessous de la moyenne peut avoir une scolarité satisfaisante jusqu’à un certain degré de difficulté.

 

Il est possible parfois que l’enfant soit réellement surdoué et cependant en échec scolaire du fait d’une inadéquation effective entre sa précocité et la scolarité de son âge. Dans ce cas bien particulier, l’échec scolaire prend alors valeur de « symptôme ». Ce symptôme a en général une grande résonance tant pour l’enfant que pour son milieu. Du côté de l’enfant, l’échec peut être vécu comme une blessure narcissique qui le déprime, l’isole ou au contraire le pousse à des défenses comportementales qui lui donnent un statut : il pourra par exemple être le « chef de bande à la récré » à défaut d’être le « bon élève ».

 

L’échec scolaire peut atteindre aussi fortement le narcissisme des parents déçus dans leurs attentes. On voit ici que les enjeux de la réussite scolaire dépassent largement le cadre strict des apprentissages et engagent en profondeur l’économie des relations au sein de la famille et du champ social. Il arrive que des parents trop vivement touchés par l’échec scolaire de leur enfant veuillent y voir un signe de précocité, d’inadaptation de l’école aux capacités supposées supérieures de l’enfant. Le test de niveau sera alors une sorte d’épreuve de la réalité. Cette épreuve de réalité que constitue la mesure de l’intelligence peut modifier le regard des parents sur leur enfant et de ce fait le vécu de celui-ci.

 

Enfants surdoués et difficultés scolaires

 

Si beaucoup d’enfants ayant des dispositions intellectuelles remarquables, appelés surdoués, sont bien intégrés dans le système scolaire constituant le cortège des enfants brillants qui tirent les classes, il apparaît que nombre d’entre eux présentent des difficultés, voire sont confrontés à l’échec scolaire. Presque un enfant surdoué sur deux est en grande difficulté scolaire en fin de 3e. Il apparaît donc nécessaire de dépister ces enfants le plus tôt possible afin de prévenir ces difficultés scolaires en accompagnant ces enfants ainsi que leur famille.

 

Le revers de la médaille

 

Etre surdoué ne présente pas toutefois pas que des avantages. D’une part, on observe une dysynchronie, c’est-à-dire un décalage, entre développement intellectuel et maturation affective. La dysynchronie peut se manifester également entre développement intellectuel et psychomoteur. Elle est alors à l’origine de déficits instrumentaux qui sont mal compris et mal acceptés. Des enfants ayant appris à lire très précocement et le plus souvent seul (c’est un des éléments clef du dépistage des enfants surdoués) peuvent par la suite présenter des difficultés dans l’apprentissage de l’écriture et de l’orthographe. Dans le même registre, ils ont souvent des difficultés d’élocution, et peuvent bégayer. Dans ces deux cas, le déficit est lié au fait que leur pensée va plus vite que leurs capacités d’expression.

 

Le syndrome dysynchronique est souvent associé à la dépression. Celle-ci s’exprime principalement par un sentiment de solitude, de dévalorisation, un retrait social, une perte d’intérêt, un manque général de motivation, voire des troubles cognitifs comme des troubles de la mémoire et de la concentration. Comme pour toute dépression chez l’enfant, elle doit impérativement être traitée en prenant en compte le statut particulier de l’enfant concernant ses capacités intellectuelles. Certains chercheurs ont noté des pourcentages de suicides d’adolescents précoces plus élevés que pour les autres catégories.

 

D’autres troubles psychologiques peuvent se développer, le plus fréquent étant celui de la personnalité antisociale qui se manifeste par des troubles des conduites avec des fugues, des comportements violents vis-à-vis des pairs, un refus de l’autorité et des règles de base. On comprendra pourquoi si le syndrome dysynchronique n’est pas pris en compte, les difficultés scolaires peuvent apparaître dès les classes intermédiaires du cours élémentaire vers l’âge de 7 à 8 ans. L’enfant devient terne dans ses résultats, il se désintéresse de l’école. Les capacités intellectuelles sont présentes, mais l’enfant ne les exprime plus. Le dépistage précoce permet de prévenir de telles situations.

 

Dépister les enfants « surdoués »

 

Le dépistage, quand il a lieu, s’effectue en général en deux étapes.

Tout d’abord, l’entourage de l’enfant repère des comportements différents, et ce dès les premières années s’il parle très précocement, est très bavard, curieux de tout et recherche la compagnie des adultes.

En second lieu c’est l’école qui « repère » l’enfant qui est vif, attentif, « suradapté » à la vie scolaire, finit avant les autres et est insatiable. C’est aussi l’enfant qui s’ennuie, est dissipé, agité et gêne ses camarades en classe. C’est encore celui qui a du mal à apprendre « par cœur » et s’abstient de répondre lorsque la question lui paraît trop simple. Dans le meilleur des cas, les enseignants adressent l’enfant au psychologue scolaire ou conseillent aux parents de consulter un service spécialisé pour leur enfant.

 

Quelques chiffres 

 

On estime à 400 000 le nombre d’enfants surdoués en France en âge de scolarité (de 6 à 16 ans), soit 4 % de la population, mais seuls 3 à 5 % d’entre eux seraient détectés. On remarque aussi que moins d’ 1% de la population a un QI supérieur ou égal à 180 ! Les spécialistes affirment que « Plus fort est le QI, plus sévères sont les problèmes d’ajustement social, et plus graves sont les persécutions à l’école»

Si l’entourage ne les aide pas parce qu’ils n’ont pas été repérés en tant qu’enfants possédant un haut potentiel intellectuel précoce, avec des aptitudes particulières excellentes en langage, une rapidité de la compréhension, une excellente mémoire (aussi bien à court terme qu’à long terme) et des aptitudes visuo-spatiales et à la résolution de problèmes, ils développent alors des mécanismes d’échec scolaire avec une valeur significative de  » réaction « .

Ces enfants présentent souvent des troubles du comportement, tels que l’instabilité, l’inhibition, l’isolement, des troubles du caractère, ou de la personnalité, avec une certaine asociabilité, une immaturité affective et un aspect anxieux. Des troubles instrumentaux peuvent apparaître tels que la dysgraphie, un trouble de la coordination motrice, une hyperactivité, etc. Ils déroutent, s’intéressent précocement à différents domaines des sciences de la vie et de la terre ; ils dérangent, ils ont le goût du défi et s’ennuient vite en classe, recherchant la compagnie des grandes personnes et éprouvent souvent des difficultés face à l’effort.

Selon l’étude relatée dans Le Quotidien du Médecin du 22 février 1999, menée auprès de 145 surdoués, et suivis sur une période de 10 à 20 ans, il apparaît que ces enfants ont suivi un cursus scolaire chaotique : 40 % d’entre eux ont atteint ou dépassé le niveau Bac + 2 ; 9 % se sont arrêtés au Bac, et 43 % n’ont décroché qu’un BEP ou un CAP.

 

« Maxime a su lire et compter à trois ans, sans qu’on lui apprenne ; c’était un enfant très curieux qui posait énormément de questions, et comme il avait une mémoire extraordinaire, il enregistrait tout. Il est rentré à 5 ans en CE1 ; il ne savait pas encore écrire, seulement sur minitel. En CE2, il s’embêtait, il est devenu agressif avec moi ; j’ai pensé qu’on lui en demandait trop alors j’ai essayé de le freiner mais il devenait encore plus agressif. Un psychologue spécialisé pour enfants précoces lui a fait passer une batterie de tests. Il m’a dit que mon fils était en « semi torpeur », qu’il faisait tout pour étouffer ses capacités intellectuelles. Je me suis mise à pleurer car je pensais que mon fils ne serait jamais heureux. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, je n’éprouvais aucune fierté », raconte Sophie T, maman du petit Maxime, aujourd’hui âgé de 7 ans.

 

Maxime est « intellectuellement précoce » : son QI est supérieur à 125, son âge mental dépasse nettement celui de ses camarades de classe. Pourtant, ses parents n’ont jamais cherché à décupler ses capacités intellectuelles. Etonnés par l’extraordinaire appétit de connaissance que manifeste leur enfant, ils ont même tendance à le « freiner » ou à le contraindre à suivre le développement intellectuel « normal » des enfants de son âge. Mais voilà, à adopter le rythme scolaire de sa classe d’âge, calculé sur un QI moyen d’environ 100, les enfants intellectuellement précoces s’ennuient ferme et peuvent gâcher leur immense potentiel. « On en vient ainsi à une répression de l’intelligence, un étiolement de la curiosité, une tendance à se conformer à la norme. Des manifestations telles qu’irritabilité, perte de la joie de vivre, insomnie et parfois troubles du comportement peuvent survenir chez l’enfant », explique un psychologue, qui résume cet état par la formule de « l’effet Pygmalion négatif ».

 

Dans certains cas, surtout quand l’enfant est issu d’un milieu familial ou social défavorisé, l’enfant surdoué peut même passer pour un débile mental !

 

Concluons sur une image très éloquente du psychiatre Alain Gauvrit qui, s’inspirant du poème de Baudelaire, parle du complexe de l’albatros : « Avec leurs ailes de géant, ces enfants n’arrivent pas à marcher. Alors en toute logique -c’est leur point fort- certains se coupent les ailes et renoncent à se servir de leur intelligence qui les embarrasse »

 

Aperçus de la « surdouance » dans différents domaines

 

Toutes les époques, tous les régimes politiques et toutes les sociétés ont manifesté un intérêt et une attitude particulières pour les surdoués.

 

Les mythes et légendes de la Grèce antique vantent les enfants prodigieux comme Hercule ou Alexandre dont l’intelligence supérieure s’accompagne automatiquement de caractéristiques physiques qui sont elles aussi supérieures et qui conduisent Terman à prétendre que « good things go together », c’est-à-dire que les bonnes choses vont de pair. Ces mythes et légendes réfutent donc l’argument fort répandu à l’époque qui consistait à dire que l’enfant surdoué était peu développé physiquement, myope, mauvais athlète et peu intelligent.

 

L’histoire biblique, comme l’évangile arabe, fait mention de Jésus qui, à l’âge de 12 ans, étonnait par sa maturité et par sa compréhension des choses. Ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur l’intelligence de ses réponses.

 

Dans la littérature arabe, la Bagdad des califes abbassides sert de contexte aux contes venus enrichir le substrat indien et persan des mille et une nuits (XIVème siècle). Un de ces contes présente le vizir Ibn Shimâs qui, à 12 ans, est jeune par les années et vieux par l’intelligence.

 

Mise en situation  à travers le cinéma

 

Au XXème siècle, des systèmes scolaires efficaces se mettent en place. Désormais tous les enfants sont censés apprendre à lire et à écrire au même âge. Les classes regroupent des élèves de même âge. Si l’on se préoccupe de plus en plus des enfants ayant des retards scolaires, on ne sait trop que faire des élèves en avance.

 

On assiste au XXème siècle à un foisonnement de littérature concernant les surdoués, les précoces, les génies et les prodiges. Outre les ouvrages scientifiques cités dans ce mémoire, on trouve également des films et des romans traitant du sujet. Parmi ceux-ci, nous avons choisi de mentionner les suivants.

 

En 1969, Wyndham écrit « The midwich cuckoos« , livre de science fiction auquel fait allusion Joan Freeman. Il y exprime la peur éprouvée à l’égard des enfants surdoués. Il raconte l’histoire d’un « alien » qui place des enfants suprêmement intelligents dans un village anglais. Leurs infinies connaissances et leur inexplicable supériorité mentale effraient. Ils sont considérés comme le produit d’un pouvoir supérieur qui veut maîtriser le monde.

 

Le livre de Roald Dahl intitulé « Matilda« 1 raconte l’histoire d’une petite fille prénommée Matilda qui dispose de dons exceptionnels: elle est autodidacte et apprend à une vitesse surprenante. Ses parents refusent de reconnaître ces dons. Pour se venger et les punir, Matilda invente les pires astuces… Dans ce livre, Roald Dahl décrit de façon amusante la détresse des enfants dont les dons ne sont pas reconnus par leur entourage et la souffrance que ceux-ci peuvent éprouver dans des milieux frustres et acculturés.

 

Le film « Lost Angel » (1943). Le film raconte l’histoire d’une petite fille abandonnée par sa mère et élevée par des professeurs d’un institut de psychologie de l’enfant d’après des principes purement scientifiques, dans l’espoir de produire une surdouée. La méthode réussit, mais il manque à la jeune fille l’amour et l’humanité.

 

Le film de Jodie Foster: « Little man Tate« . A l’âge d’un an, Fred Tate prouve qu’il sait lire en décryptant le nom de la marque de fabrique figurant au revers de son assiette. Un peu plus tard, il sidère son entourage en résolvant des opérations arithmétiques très compliquées et en jouant du piano comme un virtuose. A l’âge de huit ans, une psychologue spécialiste le repère, l’examine et atteste ses dons. Elle obtient alors de l’emmener dans un institut où n’étudient que des individus surdoués. Mais Fred souffre de ces conditions d’existence qui l’oppressent : l’ennui le gagne, l’amour maternel lui manque, si bien que Fred Tate retourne chez lui auprès de sa mère.

 

Les sciences, un domaine de prédilection

 

Les prodiges sont des personnes qui étonnent par leurs talents extraordinaires.

Les définitions du prodige que l’on trouve dans la littérature ne font pas référence à l’intelligence. On ne peut donc pas affirmer que les prodiges sont tous surdoués.

 

L’exemple le plus frappant est celui des calculateurs prodiges. Il s’agit généralement de sujets qui présentent un mode de fonctionnement qui privilégie un domaine au détriment de tout le reste.

 

Au XVIIIème siècle, Thomas Fuller était capable de dire en deux minutes combien de secondes il y avait dans une année et demie (47 340 000 secondes).

 

Zacharias Dase, né en 1824, calculait de tête les logarithmes naturels des nombres de 1 à 100 500 et la table des facteurs et des nombres premiers depuis le septième jusqu’au huitième million. De même, il lui fallait cinquante-quatre secondes pour la multiplication de deux nombres de 8 chiffres, et six minutes pour multiplier deux nombres de 20 chiffres !

 

Jacques Inaudi, né en 1867, effectuait à six ans des multiplications de cinq chiffres sans connaître sa table de multiplication !

 

La plupart de ces calculateurs prodiges étaient atteins de débilité mentale et n’étaient en fait que des machines à compter.

D’autres, au contraire, ont fait preuve d’une grande intelligence.

 

Le mathématicien Henri Poincaré n’écrivait jamais une opération car celles-ci se faisaient toutes seules dans sa tête. Il ne prenait la plume que pour rédiger un travail achevé.

 

Zerah Colburn était capable à 8 ans d’élever mentalement le nombre huit à la seizième puissance et pouvait donner la racine carrée d’un nombre à six chiffres avant que l’on eût fini d’inscrire celui-ci au tableau.

Le génie à travers l’art de la musique

Le Petit Robert définit le génie de la façon suivante : « Aptitude supérieure de l’esprit qui élève un homme au-dessus de la commune mesure et le rend capable de créations, d’inventions, d’entreprises qui paraissent extraordinaires ou surhumaines à ses semblables ».

On peut donc dire, que tous les génies sont des surdoués, mais que l’inverse n’est pas vrai. Pour être génial, il faut avoir cette extraordinaire capacité créatrice que l’on retrouve par exemple chez Mozart, Schubert ou Mendelsohn. Notons toutefois que ce n’est pas le fait qu’ils aient composé avant l’âge de 12 ans qui fait d’eux des génies. En d’autres termes, il ne faut pas confondre le génie et la précocité. Si la plupart des génies ont été précoces dans leur enfance, très peu d’enfants précoces peuvent être qualifiés de génies.

 

Wolfgang Amadeus Mozart est un musicien et un compositeur, qui déjà à l’âge de 6 ans était en tournée afin de montrer ses talents en violon, piano et orgue. A l’âge de 8 ans, il écrivait ses premières symphonies, et à l’âge de 12 ans, son premier opéra.

 

Dès l’âge de trois ans, Wolfgang manifeste, outre une puissance exceptionnelle de concentration, des dons musicaux remarquables : justesse absolue d’oreille et mémoire prodigieuse. À l’âge de cinq ans, il commença à composer de petits morceaux. Son père, Léopold (1719-1787), sévère mais excellent pédagogue musical, entreprend sérieusement son instruction. On lui a reproché d’avoir exercé sur son fils une influence conservatrice et retardatrice ; mais Wolfgang su faire la part de l’étroitesse d’esprit et celle de la solidité du métier : jusqu’à la mort de son père, il se référa toujours avec une totale confiance à son jugement. Léopold entreprend, avec son fils et sa fille Maria Anna, des tournées où il exhibe l’enfant prodige, au risque d’exposer Wolfgang, entre sa septième et sa onzième année, aux fatigues et aux maladies de voyages lointains. La nouvelle de ses performances traversa l’Europe; il était vu comme un phénomène scientifique, tout comme un singe parlant. Léopold a rapidement compris le potentiel de faire fortune tant pour son fils que pour lui-même. Ces expéditions se retournent d’ailleurs partiellement contre le père, car l’enfant y trouve l’occasion de capter des influences qui n’agréent pas à son mentor et qu’il n’aurait pas connues si tôt s’il était demeuré à Salzbo


 

Bibliographie

 

  • encyclopédies 

 

  • Encarta
  • Kléio
  • Larrousse
  • Universalis

 

    • Internet 

 

 

  • Rapports de conférence du professeur Philippe Mazet, des docteurs J.-M. BALEYTE et T. Hergueta

 

    • Livres 

 

  • L’échec scolaire. de Francine Best.  
  • Surdoués en péril. La vie de l’éducation, 24.4.1996.
  • Pas facile les surdoués. 24 Heures, 31.12.1981
  • Les calculateurs prodiges.  La recherche, 185, 1987.
  • Les surdoués sont-ils les futurs Einstein ? de De Craecker.
  • Enfants et Adolescents surdoués de Jean-Charles Terrassier.
  • Articles de Von Bauer Gauss

 

  • Emission télévisée « la marche du siècle », juin 1994.