6 ans : L’attente d’un enfant idéal
6 ans : L’attente d’un enfant idéal
1) La conception de l’intelligence chez l’enfant, d’après Binet et Piaget :
a) Alfred Binet :

6 ans enfant idéal
Alfred Binet est né à Nice le 8 juillet 1857 et mort le 28 octobre 1911 à Paris. C’est un pédagogue et un psychologue français. Fils d’un médecin et d’une artiste peintre, il débute des études de droit de médecine et de sciences naturelles. En 1884, il commence des études de sciences naturelles à la Sorbonne. En 1905, à la demande du gouvernement français, Binet publie une échelle métrique de l’intelligence élaborée avec Théodore Simon appelée la « psychométrie ». Cette échelle a pour but de mesurer le développement de l’intelligence des enfants en fonction de l’âge. Ce travail sera le point de départ de nombreux autres tests, en particulier le Quotient Intellectuel ou Q.I.
b) Jean Piaget :
Jean William Fritz Piaget, né le 9 août à Neuchâtel et mort le 16 septembre1980 à Genève. C’est un psychologue, biologiste, logicien et épistémologue suisse connu pour ses travaux en psychologie du développement et en épistémologie (l’étude des connaissances) avec ce qu’il appela l’épistémologie génétique. Fils de d’Arthur Piaget professeur en littérature médiévale, et de la Française Rebecca Jackson. J.Piaget étudie à Zurich où il a été le premier à expliquer la psychanalyse en France sous forme d’une conférence en 1919 à la société Binet. Plu tard, il va étudier la psychologie expérimentale et va délimiter son champ de recherche, « comment les connaissances se développent – elles ? ». Il interroge des enfants et met en place l’entretien clinique : correspond à une interrogation guidée mais souple pour mettre en évidence le niveau de raisonnement de l’enfant, elle se base sur des situations épreuves. En 1955 il fonde le « Centre international d’épistémologie génétique ». Son but est d’accroître les connaissances dans la pensée scientifique et dans le développement de l’enfant. Pour Piaget l’acquisition de la connaissance chez l’enfant est un phénomène de construction, pour apprendre l’enfant se construit une théorie du monde qui l’entoure grâce à l’expérimentation, c’est-à-dire qu’il va enrichir cette théorie à partir d’expériences et de connaissances. Cette théorie de Piaget est basée sur le « Constructivisme » : un courant de l’épistémologie qui considère l’acquis de la connaissance par la construction. Piaget reprend les concepts Baldwiniens (James Mark Baldwin, philosophe et théologien américain, où sa théorie se développe sous une psychologie génétique de l’intelligence, c’est-à-dire que pour lui, les connaissances dépendent d’un processus de construction sociale). Il s’appuie sur les travaux de Binet et les enrichit à la demande de Simon.
Par exemple : L’égocentrisme : traduit l’indifférenciation du sujet et de l’objet, ainsi que la confusion du point de vue propre avec celui d’autrui.
En clair, Pour ces deux praticiens, la question n’est pas de savoir si un enfant est ou non « intelligent » mais de comprendre comment il pense et comment il sait qu’il est capable de penser.
c) Un enfant pré conditionné par les parents :
En effet nous avons énoncé précédemment le fait que l’âge de 6 ans est préoccupant pour l’enfant. Mais il fait également l’objet de nombreuses préoccupations pour les parents. L’entourage, l’école, attendent en général de l’enfant qu’il se montre intelligent, calme, attentif, autonome, qu’il aille à l’école avec plaisir et qu’il ne se montre pas turbulent. L’ensemble des croyances de la part de l’entourage véhicule une image espérée d’un « enfant idéal », l’enfant parfait. L’entourage croit qu’en dépistant à temps les troubles qui pourraient entraver à cette image de l’enfant suprême pourraient lui éviter l’échec scolaire. Pour ce faire, l’enfant est amené en consultation chez un psychologue (poussé ou non par une demande de l’école), et on attend du professionnel qu’il trouve le remède miracle qui rendra cet enfant attentif et performant. On peut en conclure, que l’enfant est sujet à une préprogrammation, à un préconditionnement de la part de son entourage pour qu’il devienne un élève sérieux et modèle. Cela veut dire qu’on le prive d’une étape de sa vie, on le prive d’une expérimentation et on le force à devenir un exemple autant dans le comportement que dans les performances intellectuelles. D’après Marie Luce Verdier Gibello, si l’enfant devient un objet de soin, de réparations comme un robot, après tant de préoccupation, il risque de se déposséder de son vécu (des expériences acquises qu’elles soient bonnes ou mauvaises) et de devenir beaucoup moins performant.
Après, cette conception exagérée de l’enfant « idéal », nous avons jugé intéressant de s’appuyer sur a conception d’une célèbre institutrice Pauline Kergomard, qui répond à ce discours de façon totalement antagoniste.
d) Pauline Kergomard : le rôle de l’école, l’enfant doit rester libre.
Pauline Kergomard, née le 24 avril 1838 à Bordeaux et morte en 1925 à Saint Maurice est la fondatrice de l’école maternelle en France. Née dans une famille protestante, elle devient institutrice à 18 ans. En 186, elle monte à Paris et se marie. Elle tient une école privée, et devient la directrice de l’ami de l’enfance, revue pour les salles d’asiles (ancien nom donné à l’école). Pauline Kergomard est à l’origine de la transformation des salles d’asiles en écoles maternelles (à l’époque les salles d’asiles regroupaient toutes les tranches d’âges), formant la base du système scolaire. En 1881, Jules Ferry (homme politique français) la nomme inspectrice générale des écoles maternelles, elle réclame des jeux pour les enfants et un mobilier adapté à leur taille. En 1880, les salles d’asiles sont dirigées par des congréganistes. L’éducation y est rigide et stricte, incluant : l’instruction religieuse et moraliste. Poussée par le mouvement rousseauiste, elle va tenter d’intégrer une méthode où la liberté de l’enfant est respectée. En effet, il faut savoir, que les professeurs éduquaient de manière stricte les élèves afin qu’ils se plient aux règles de la société et qu’ils ne s’écartent pas du droit chemin, la priorité étant d’en faire des futurs bons travailleurs. Elle va donc s’atteler à la formation des directrices et y intégrer la coéducation dans les écoles, elle va visiter les salles d’asiles à partir desquelles elle va écrire un ouvrage « l’éducation maternelle dans l’école ». Elle est outrée par le manque d’hygiène, d’amour pour les enfants, et les bêtises de certaines directrices. Elle n’hésite donc pas mobiliser ses relations, les inspecteurs d’Académie pour qu’ils voient les problèmes graves subsistant sur le terrain. Elle sera la troisième femme à être décorée de la Légion d’honneur. Pour elle, l’école maternelle est une grande famille où l’éducatrice se présente comme une « mère intelligente et dévouée », c’est-à-dire un lieu où les enfants apprennent à vivre ensemble et à se respecter, elle compense un manque de famille mais ne la remplace pas (à l’époque c’était destiné aux enfants pauvres et orphelins). Il est donc indispensable de respecter la dignité et la liberté de l’enfant, qu’il fasse son « métier d’enfant », qu’il prenne son temps, qu’il soit heureux avant d’être instruit, préparer l’intelligence à ce qu’on lui enseignera en tant voulu, laisser l’enfant toucher, palper, tester, regarder, jouer, seul ou avec les autres, l’empêcher de toucher c’est l’empêcher de grandir, d’apprendre, peu d’instruction mais du jeu, qu’on le laisse parler de ce qu’il aime, qu’on l’écoute, qu’on lui apprenne la morale par les faits, qu’il comprenne le sens de la punition qui doit être en rapport avec la faute. D’un point de vue pratique : il faut accorder du temps à leur hygiène de vie (santé et dignité vont ensemble), l’ornement des salles, important pour susciter leur intérêt, les sortir, pour découvre le monde extérieur, supprimer les leçons d’histoire.
L’éducatrice doit être attentive et délicate, elle doit les nourrir autant dans les connaissances intellectuelles que dans les connaissances morales, pour en faire des êtres bien portants, intelligents et heureux. Pour conclure, l’enfant doit apprendre par lui-même, il doit vivre sa propre expérience de la vie, prendre son temps sur les découvertes et les acquisitions intellectuelles et physiques, il ne faut pas empêcher les enfants de toucher ça serait les priver d’une expérience qui contribuerait à leur maturité, l’éducatrice n’est pas là pour les conformer, mais pour les encadrer, ils ne doivent pas être soumis à des règles ils doivent rester libres et penser par eux-mêmes, l’adulte n’est qu’un adjuvant de son épanouissement il doit être présent autant pour l’affectif que le cognitif.
Cette étude de la conception de Pauline Kergomard par rapport à l’enfant idéal, démontre qu’il ne faut pas soumettre l’enfant à un conformisme, il faut le laisser penser par lui-même et pas le programmer comme un robot pour qu’il atteigne la perfection, et la performance intellectuelle, car c’est une idée totalement illusoire et chimérique. A présent, nous allons parler du rôle du psychologue avec l’enfant et démontrer qu’il laisse l’enfant sujet de sa parole, maître de lui-même.



juin 1st, 2010
